vendredi 10 juillet 2009

Emprunt Sarkozy: la fausse bonne idée ?

" Les jeunes générations ne peuvent accepter que les générations actuelles vivent à leur crédit ", déclarait Nicolas Sarkozy au cours de la campagne présidentielle . ajoutant que " la maîtrise de nos finances publiques est un impératif moral autant que financier".
L'impératif moral aura été mis de côté par le président de la République en exercice, confronté à la crise financière internationale, qui a annoncé le 22 Juin son intention de lancer un emprunt national". Si les modalités de cet emprunt ne sont pas encore connues, le Premier Ministre, François Fillon, en a d'ores et déjà, indiqué les grandes lignes. C'est en 2010 que sera lancé cet "emprunt Sarkozy" dont le montant pourrait être très important, proche de 140 milliards d'euros qui pourrait être remboursable sur une période de huit à dix ans.
Un emprunt qui ne financera pas les dépenses de fonctionnement, ni de nouvelles dépenses sociales, mais qui permettrait de payer des investissements "prioritaires" dans le domaine de la croissance verte, du développement durable, de l'université de demain, de l'économie et de la connaissance. C'est dans le cadre d'une négociation avec les partenaires sociaux que doivent être définies ces priorités.
Si le président et son premier ministre ont renoncé à une politique de rigueur ou à une augmentation des prélèvements obligatoires, pour ne pas aggraver les effets de la crise, ils renoncent en même temps aux objectifs annoncés lors de la campagne présidentielle. "Je m'engage à ramener la dette en dessous des 60 % duPIB d'ici 2012" avait solennellement indiqué NicolasSarkozy. La dette, qui représentait 68,1 % du PIB en 2008, devrait passer à 77 % du PIB en 2009, 83 % en 2010, 86 % en 2011 et 88 % en 2012, selon les propres prévisions du gouvernement. Et l' OCDE, plus alarmiste encore, estime qu'elle représentera 86 % du PIB dès l'an prochain ...
On n'ose même plus évoquer les fameux critères de Maastricht qui limitent les déficits publics à 3 % du PIB. Selon le ministre du Budget, Eric Woerth, le déficit public devrait représenter 7 à 7,5 % du PIB en 2009 et 2010 et ne devrait pas revenir sous les critères de Maastricht d'ici 2012.
A la décharge du gouvernement, il faut rappeler que ce déficit , est en partie lié au système de protection sociale français dont le coût augmente mécaniquement en période de crise. Et que le taux élevé des emplois publics en France et la qualité de notre assurance-chômage et des aides apportées aux personnes sans emploi permettent d'atténuer, en France plus que dans d'autres pays, les effets de la crise.
Il faut, pour financer ce déficit public, que l'Etat emprunte. Et Nicolas Sarkozy a choisi de faire directement appel aux épargnants français. Un bonne idée sans doute en terme de communication politique puisqu'elle permettra d'associer les épargnants à une sorte d'effort national. Mais une mauvaise idée sur le plan financier, si l'on se souvient des conséquences du dernier emprunt national, l'emprunt Balladur.
Lancé en 1993, lorsque Nicolas Sarkozy était ministre du Budget, cet emprunt avait fait perdre à l'Etat entre 3,3 et 4,3 milliards de francs. Il avait fallu financer une campagne publicitaire, payer des commissions aux banques, accorder des réductions d'impôts aux souscripteurs, les exonérer des taxes sur les plus-values ...
Alors que la France, par le biais de l'Agence France Trésor, emprunte sans cesse de l'argent à des taux intéressants, l'emprunt Sarkozy, s'il veut réussir à attirer les épargnants, devra proposer des taux d'intérêts plus élevés, ou accorder des remises d'impôts aux souscripteurs. Ainsi, alors que l'Etat vend des obligations d'Etat à un taux de 3,84 % sur 10 ans, on peut penser que l'emprunt Sarkozy devra offrir un taux plus avantageux, peut-être de l'ordre de 4,5 % comme l'ernprunt que vient de lancer EDF. Patrick Devedjian, ministre de la relance, a indiqué que si 17 % des Français souscrivent à cet emprunt d'Etat, cela constituerait un succès. Et l'on pourra facilement faire de cet emprunt un plébiscite populaire en proposant un taux d'intérêt élevé ou des avantages fiscaux associés. Ce qui reviendrait alors, en plus de l'accroîssement de la dette, à alourdir le coût de la dette ...
Patrick JOURON

lundi 22 juin 2009

Un discours commun et concret


Peut-on raisonnablement parler de scéna¬rio de sortie de crise, ou même de perspective de reprise de l'économie ? C'est le débat qui agite bien des esprits depuis que le prési¬dent de la République et son Premier ministre ont semblé se contredire. Semblé, seulement. Car dans le fond, les deux hommes disent la même chose. Le premier, Nicolas Sarkozy, estime qu'il serait risqué de donner à penser que les pouvoirs publics entrevoient une amélioration de la situation au moment où la kyrielle d'annonces de plans sociaux donne à l'opinion publique la conviction que les choses vont de mal en pis. C'est justement au moment où son horizon politique s'éclaircit, à proportion de l'assombrissement de celui de ses opposants, que le chef de l'Etat ne veut surtout pas donner le sentiment d'un décalage entre la perception que les gens ont de la crise et le discours des politiques. Le second, François Fillon, considère que c'est bien parce que la crise n'est pas terminée et que les causes de difficultés qui lui préexistaient ne sont pas effacées, qu'il est temps de donner des perspectives et de la visibilité aux acteurs économiques. Car il ne faut pas oublier que la confiance est un préalable à tout scénario de reprise et que cette confiance ne peut exister que si elle peut se nourrir d'espoir. C'est ainsi que le chef du gouvernement semble plus optimiste que le Président. Mais, en fait, la contradiction n'est qu'apparente. Dans cet exercice Nicolas Sarkozy s'adresse à l'opinion alors que François Fillon s'adresse à ceux qui font l'opinion. Cette petite discordance de discours ne reflète que l'excellente complémentarité entre les deux hommes et les deux styles. François Fillon rationalise quand Nicolas Sarkozy donne dans le compassionnel. L'un s'adresse à ceux qui décident pour leur dire de ne pas perdre espoir en des perspectives de reprises, quand l'autre s'adresse à ceux qui souffrent et doutent pour leur dire qu'il les comprend et qu'il est à leurs côtés. Cette forme dans le discours politique est la conséquence, d'une part, de la dyarchie du pouvoir exécutif français écartelé au gré des circonstances entre le président de la République et le Premier ministre, et, d'autre part, l'absence complète de discours cohérent des oppositions. La démocratie est régulée par la capacité du pouvoir à prendre des déci¬sions parfois douloureuses et l'aptitude de l'opposition à structurer les doutes et les déceptions.
Patrick JOURON