mercredi 23 novembre 2011

Le pari de François Fillon

En annonçant que son "Plan d'équilibre des finances publiques" était le plus rigoureux depuis 1945, François Fillon s'est d'emblée placé sur le plan symbolique. A ce registre appartiennent aussi le gel des salaires du président de la République et des ministres, ainsi que la diminution des aides aux partis politiques. L'économie est modeste, mais elle doit faire figure d'exemple pour les dirigeants de grosses sociétés.

Une autre mesure à forte charge symbolique est l'indexation de certaines prestations sociales (pas toutes) sur la croissance, et non plus sur l'inflation. Ici, le Premier ministre touche directement à notre modèle social, au risque de provoquer de violentes réactions. Bien sûr, les retraites et les minima sociaux seront épargnés, mais quelque chose qui était de l'ordre du dogme est ébréché.

Enfin, un autre tabou est brisé avec l'emploi du mot «faillite» (qui n'est plus "un mot abstrait") et l'évocation des nécessaires "sacrifices». L'accélération de la réforme des retraites participe du même mouvement. Au vrai, il s'agit surtout d'un effet de dramatisation, renforcé encore par les péripéties grecques de la semaine dernière.

Pour autant, le plan d'austérité présenté par François Fillon paraît peu concerner les ménages et la grande masse des contribuables moyens. Tout cela est bien sûr relatif et le passage de la TVA à taux réduit de 5,5% à 7% peut se révéler douloureux, tout comme le relèvement de la fiscalité sur les dividendes et les revenus de l'épargne. De même, le rabotage des niches fiscales risque d'engendrer de mauvaises surprises. On doit cependant savoir gré au chef du gouvernement de n'avoir pas annoncé un coup de massue fiscal et de concentrer l'effort sur les grosses entreprises et les plus hauts revenus.

Il ne faut cependant pas se leurrer. Les mesures annoncées vont peser indiscutablement sur notre vie quotidienne, à commencer par la réduction du train de vie de l'Etat (mais aussi des collectivités locales).

Au vrai, la fenêtre de tir du gouvernement était réduite à quelques mois de la présidentielle. Il fallait dégager un montant significatif d'économies (65 milliards d'ici à 2016), sans se contenter de mesures purement conjoncturelles. François Fillon semble ne s'être pas tiré trop mal de cette difficile équation. Aura-t-il convaincu? C'est une autre affaire.
Patrick JOURON

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