lundi 23 mai 2011

Onde de choc ...

Dominique Strauss-Kahn a été abattu en plein vol. Chez les socialistes, on a eu beau en appeler à la dignité, insister sur la présomption d'innocence et affirmer que rien n'est encore prouvé, tout se passe comme si, rue de Solférino, on avait fait déjà le deuil de sa candidature à la présidentielle.
Pour la gauche, le coup est terrible. Dominique Strauss-Kahn était le candidat le mieux placé pour battre Nicolas Sarkozy et écarter la menace d'un nouveau 21 avril. En matière économique, il était aussi le plus crédible des socialistes, le mieux à même de séduire les déçus du sarkozisme. Que pouvaient peser en face de lui les autres candidats? Que pèsent une Ségolène Royal plus ou moins discréditée, ou un François Hollande qui n'a jamais siégé dans un gouvernement ? Le PS risque fort de retomber dans les archaïsmes qui l'ont si souvent conduit à l'échec.
Et puis il y a ces images sinistres montrant un homme menotté au visage lugubre, encadré par la police new-yorkaise. Pour des Français abreuvés de séries américaines, l'effet ne peut être que dévastateur. Certains ont eu beau crier au complot, à la manipulation, ces images montrent un homme sinon convaincu, du moins fortement suspect et cela suffit.
Mais la chute de la maison Strauss-Kahn n'est pas une si bonne nouvelle à droite, en particulier pour Nicolas Sarkozy et ses partisans.

Car enfin, ce qui rendait le succès de DSK si probable était son positionnement au centre gauche, un centre gauche réaliste qui ne terroriserait pas outre mesure les électeurs de droite. En cela, il avait l'immense mérite, pour les partisans de Sarkozy, de réduire l'espace des éventuels concurrents du centre droit, à commencer par Jean-Louis Borloo. Aujourd'hui, ce même centre droit voit un boulevard s'ouvrir devant lui. Jean-Louis Borloo est plus rassurant que Martine Aubry.
Enfin, il ne faut pas oublier Marine Le Pen qui, à tort ou à raison, n'a pas fait montre de la même retenue que le reste de la classe politique.
Elle sait bien que, quelle que soit son issue, l'affaire Strauss-Kahn ne peut que lui profiter.
Dire que l'affaire Strauss-Kahn a rebattu les cartes de la présidentielle n'est qu'un euphémisme. C'est le jeu lui-même qui a changé en ce matin du 15 mai.

Patrick JOURON

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