lundi 30 mai 2011

La sidération

La sidération. C’est cette espèce de vertige devant l’inexplicable qui a saisi l’opinion publique quand les médias ont annoncé au petit matin d’un dimanche l’arrestation à New-York de Dominique Strauss-Kahn. Tout a été dit et écrit là-dessus. Souvent n’importe quoi à l’instar de ce pauvre Jack Lang ne comprenant pas qu’on puisse faire autant de foin d’une telle affaire puisque, quand même, « il n’y a pas mort d’homme ». On pourrait aussi citer Jean-François Kahn, ancien totem du journalisme et figure de proue du MODEM au Parlement européen, qui s’est amusé de ce qu’il a qualifié de simple « troussage de domestique » ! Pour finir, accordons un accessit particulier aux éminences du Conseil régionale d’Ile-de-France dont le Président, Jean-Paul Huchon, a refusé de monter les marches du Palais des Festivals à Cannes en solidarité avec DSK détenu à ce moment-là à Rikers Island et sa vice-présidente, Michèle Sabban, dénonçant un complot international contre son héros qu’elle considérait – excusez du peu ! ) comme « l’homme le plus puissant au monde après Barack Obama » !
Pour un peu, plongeant dans le déni du réel le plus complet, d’aucuns ont failli réclamer pour celui qui était encore directeur général du FMI une forme d’immunité ès-qualité ainsi que cela avait été demandé par des inconscients pour Roman Polanski en raison de son statut d’artiste.
Certes, il y a la présomption d’innocence. Certes, nous avons tous ressenti un malaise en voyant le prévenu ainsi exhibé, menottes aux poignets, visage hagard de sortie de garde à vue, à la face du monde. Si les faits-très graves- qui sont reprochés à Strauss-Kahn étaient avérés, il doit être puni mais l’humiliation publique est inutile tant la justice doit aussi répondre à une recherche de morale sociale dont le pilori ne saurait faire partie intégrante. S’il est innocenté, l’épreuve n’en est que plus cruelle et la société ne se grandit pas à se repaître de cruauté.
Mais, dès lors que la solidarité entre amis frise la complaisance de caste, il y a immanquablement un risque manifeste de voir l’émotion de l’opinion publique commuée en rejet des élites, en antiparlementarisme. Bref, de faire le lit des populistes de tous poils tels Le Pen et Mélenchon que je persiste à jeter dans la même poubelle.
Pour finir, l’inclination naturelle de la sphère médiatique à verser dans l’antiaméricanisme de base a trouvé son aliment dans cette pitoyable affaire. De grâce, ne nous méprenons pas. Si la justice américaine ne fonctionne pas comme la nôtre, il faut néanmoins l’appréhender avec un minimum de discernement. Dans le fond, je préfère voir un procureur tenir une conférence de presse sur les marches du Palais plutôt que de me résoudre à ce que des juges d’instruction organisent sciemment des fuites discrètes vers la presse comme cela se pratique trop souvent en France. Je préfère que les mis en cause soient remis en liberté avant leur jugement au prix d’une caution proportionnelle à leurs moyens ( et ceux de la femme de DSK sont plus que considérables ) plutôt que voir les prisons pleines de personnes en attente de jugements et parfois – trop souvent – embastillées pour rien.
Patrick JOURON

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