lundi 9 mai 2011

Il y a 30 ans ...

Ce Mardi sera le trentième anniversaire de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République. Désormais, et quelle que soit la récupération compréhensible dont cette commémoration fera l'objet à moins d'un an de la prochaine échéance, cette accession au sommet de l'Etat appartient à l'Histoire. Que retenir de ses deux septennats ?
Beaucoup de choses, dans le fond, maintenant qu'il est loisible de séparer le bon grain de l'ivraie. Pour être élu, F.Mitterrand aura usé du stratagème de l'union de la gauche. L'ancien homme de droite qu'il était aura certainement beaucoup aimé planter le premier clou sur le couvercle du cercueil du Parti communiste. Car il a veritablement tué le parti de Georges Marchais en le frottant à la réalité du pouvoir. Trente ans après, c'est Mélenchon qui plante le dernier clou en noyant le PC, victime consentante de sa propre disparition, dans le maelstrom populiste du Front de Gauche . En entrant a l'Elysée, Mitterrand met fin à plus d'un quart de siècle de domination de la droite, notamment depuis le debut de la V ème Republique. Quoi qu'on en pense, il n'est pas sain qu'un régime politique ne mesure pas sa solidité à l'aune de l'alternance. C'est l'essence même de la démocratie. Le régime survécut à son élection. Les institutions démontrerent même leur souplesse quand, au cours de ses deux mandats, le Président perdit deux fois les élections législatives et se soumit à deux cohabitations, l'une avec Jacques Chirac (1986-88), l'autre avec Edouard Balladur (1993-95).
Sur le plan économique, apres l'emballement de 1981 (cinquième semaine de congés payés, 39 heures, nationalisations, recrutement massif de fonctionnaires), le principe de réalité s'imposa et F. Mitterrand dut là encore se soumettre et admettre que l'environnement de la France, et notamment son engagement européen, nous obligeait à ne pas dépasser certaines bornes. Du reste, la conversion fut totale puisqu'il négocia et fit adopter le traite de Maastricht (1992) qui
fit suite a l'Acte Unique Européen (1986).
Sur le plan international, songeons que lorsque François Mitterrand pénètre à l'Elysée, Leonid Brejnev est encore au Kremlin et que Ronald Reagan vient d'être élu à la Maison Blanche. Dans la crise des euromissiles, la France de Mitterrand reste solidaire de l'Alliance Atlantique. Dans un discours devant le Parlement de la République Fédérale d'Allemagne (l'Allemagne de l'Ouest s'appelait alors RFA), le nouveau président français soutient l'installation des missiles Pershing americains pour faire face aux SS20 que les Soviétiques braquaient sur nos têtes.


François Mitterrand etait un personnage contrasté.
De lui, l'Histoire retiendra aussi l'abolition de la peine de mort et une conception marmoréenne de la fonction présidentielle. Petri d'une immense culture littéraire, il avait le sens de la profondeur historique de la Nation et de son enracinement terrien. Homme de son temps, il peina cependant à comprendre les mutations du XXI ème siecle qui s'annonçait. En temoigne son incompréhension de la réunification de l'Allemagne et de l'effondrement de l'Union soviétique.
En contrepoint de la grandeur du personnage, demeurent des taches d'ombres très gênantes qui
gatent bigrement le profil de statue. Son amitié durable avec René Bousquet, en souvenir de ses engagements sous Vichy, et les coteries peu fréquentables de margoulins et autres affairistes qui lui faisaient cortège.
François Mitterrand reste malgré tout un des personnages politiques les plus fascinants de l'histoire politique du siècle dernier.


Patrick JOURON

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