Les résultats des élections cantonales ont été l'objet de débats intenses de part et d'autre. Pour autant, il est à craindre que de solides malentendus perdurent si l'on en croit les analyses qui ont été faites depuis quelques jours s'agissant du Front national. Il ne faudrait pas que l'arbre cache la forêt. En effet, le score du parti lepéniste bénéficie d'un effet d'optique aux illusions duquel il serait dangereux de se laisser prendre comme un lapin dans les phares d'une voiture. Si en valeur relative, c'est à-dire en pourcentage, les progrès sont significatifs, en valeur relative, c'est-à-dire en nombre de suffrages réellement obtenus, l'évolution est plus modeste voire nulle. Ainsi, il est plus juste de considérer que la "montée du FN" est essentiellement due au très fort niveau d'abstention. C'est la désaffection à l'égard des bureaux de vote qui est le phénomène le plus inquiétant. En outre, le mouvement d'extrême droite n'a quasiment présenté que des inconnus, qui n'ont pas fait campagne et qui ont profité de l'effet de nouveauté créé par l'avènement de Marine Le Pen aux commandes du parti fondé par son père. C'est une véritable fragilité pour le socle électoral du FN. On voit bien que le destin des candidats du MoDem est différent dès lors que la popularité de François Bayrou s'effondre. Une famille politique, outre des électeurs et des militants, a besoin d'élus et de notables pour l'incarner et l'enraciner dans le paysage. Enfin, il éclatera au grand jour, à un moment ou l'autre, à quel point il est vain d'accorder sa confiance à un parti dont on sait bien qu'il n'a aucune chance d'accéder au pouvoir et dont on imagine bien que, s'il devait y parvenir, cela ne lui permettrait quand même pas de sortir la France de l'Union européenne, de restaurer le franc et de jeter tous les immigrés à la mer. Il ne sert à rien de courir désespérément après lui, ni même de le singer en d'inutiles débats. En revanche, la diabolisation n'est pas la bonne méthode car on ne convainc guère les gens en les insultant. Le meilleur moyen de réduire l'influence du Front national ? Puisque la méthode de Nicolas Sarkozy a échoué, il convient désormais de démontrer aux Français l'inutilité du vote FN en raison du caractère inapplicable de ses propositions. Et de traiter de façon énergique les causes qui les conduisent à s'égarer dans un tel vote.
Patrick JOURON
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